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Le Meccano, ça existe depuis longtemps. Depuis très longtemps.

C’est peut-être dans cet esprit de tradition que le grand-père de BF aîné lui a offert ce jouet. Un jouet? Non! Une boîte avec des pièces de plastique, des outils de plastique et un beau plan. À faire pâlir d’envie les plans des meubles IKEA.

Mais si ce fabricant de jouets existe depuis aussi lontemps, comment peut-on expliquer que le petit “4+” écrit sur la boîte ne corresponde pas du tout, mais alors pas du tout avec la réalité? Qu’est-ce qui est arrivé, vous pensez?

***

Dimanche, 17h. Transition. BF ainé entre dans la maison avec une grosse boîte. Il est tellement excité qu’il n’enlève pas son manteau, tout content qu’il est de me montrer son nouveau jeu.

“Regarde ce que mon grand-papa m’a donné!”

Dans ma tête, j’ai déjà une petite lumière rouge qui s’allume. Euh… pourquoi les jouets de “chez maman” viennent “chez papa” tout à coup?

“Ah! chouette! un Meccano”. J’essaie de garder le sourire.

“Veux-tu jouer avec moi?”

Jouer avec lui. Ben oui. C’est écrit sur la boîte “4 ans et plus”. Ça veut dire qu’en principe, si on se fie à la grande expérience du fabricant, l’enfant doit être capable de le faire seul, avec un peu d’aide. Quelle. Bonne. Blague.

J’ai fini par faire les étapes 2 et 3, sous le regard impatient et les critiques acerbes de mon beau-fils, en essayant de ne pas avoir de mauvaises pensées pour Maman/ex qui a (sans le vouloir?) pelleté ça dans notre cour. Quand BF cadet s’en est mêlé et que la chicane a éclaté, ça m’a donné l’occasion en or de ranger le jeu.

***

Hier, à l’appel parental hebdomadaire, Maman/ex a “un peu avoué” s’en être débarrassé en laissant Aîné emmener le jouet (que dis-je, la boîte) chez son papa. Faute avouée est à demi-pardonnée? Ouain, mettons.

 

 

Chum/papa a accepté de lire le bouquin avec moi. Je ne sais pas si on tiendra le coup, (c’est lourd, comme exercice…) mais on va essayer.

Chose certaine, l’auteure a répondu à mon courriel d’hier (quelle gentillesse!). Elle me signale au passage qu’elle sera sur les ondes d’une station de radio de Québec, FM93, à l’émission Analyse-moi ça, le mardi 10 novembre de 12h30 à 14h.

J’ai vérifié sur le site de la station et on peut l’écouter en ligne. L’émission sera peut-être archivée en baladodiffusion ici… qui sait?

J’ai fait une petite folie et j’ai acheté sans trop réfléchir un nouveau livre sur la famille recomposée.

Je voulais attendre avant de commencer à le lire, déterminée à ne pas faire comme j’ai fait avec les autres livres et à prendre le temps (ben oui, le temps) de le lire comme il faut, mais j’ai ouvert des pages au hasard, lisant des extraits, fonçant dans des poteaux, prenant (presque) le métro dans la mauvaise direction et me faisant violence pour le ranger dans mon sac jusqu’à ce que j’arrive à la maison pour faire une recherche sur son auteure.

C’est chouette, c’est un livre québécois en plus! Pas que je fasse du  chauvinisme en matière de psycho-pop – j’ai lu de nombreux livres français et américains très pertinents sur le sujet – mais les réserves que j’éprouvais face à ces ouvrages venaient justement du contexte social et culturel de la famille, qui est assez différent d’un pays à l’autre.

Je vais le lire tran-quil-le-ment. Et freiner mon enthousiasme débordant. Mais je ais quand même communiquer avec l’auteure. On ne sait jamais, peut-être qu’un jour, elle m’accordera une entrevue (que je pourrais diffuser ici?) …

***

L’auteure vit elle-même – heureuse – en famille recomposée. Comme quoi, il y a de l’espoir!

Dimanche, 17h: transition.

“Pas tes bottes de pluie,  coco, les autres bottes. Des bottes de pluie, tu en as chez maman. Ok, bisou bisou. On se voit dans deux dodos!”

“Pourquoi toi tu restes ici, Marâtre?”

“Ben… parce que c’est ma maison. Toi tu as deux maisons et maintenant, c’est le temps d’aller dans ton autre maison.

***

La porte se referme. Puis, plus rien. Le silence dans la maison. Le silence qu’on souhaiterait parfois tant avoir quand ils sont là remplit maintenant toutes les pièces de la maison. Et la maison est vide.

Quand la porte se referme, c’est la même chose à chaque fois. Je pousse un soupir de soulagement puis, quand le silence s’installe dans les quatre coins de la maison, je sens leur absence.

Cela me prend une petite demi-heure pour m’en remettre. Puis je reviens à ma vie d’adulte sans enfants. Je peux me lancer sans compromis dans un projet cuisine/tricot/lecture/écriture/yoga/blogue. Ou concocter un souper d’amoureux. Ou réaliser une tâche “de maison” qu’il est impossible de faire avec les enfants (du genre “ranger l’armoire de Tupperware”). Ou mettre les livres en ordre alphabétique dans la bibliothèque (OK, ça c’est une blague).

Je l’aime bien, ma vie d’adulte sans enfants. J’aime aussi ma vie de famille  Moi aussi, je vis une transition le dimanche soir. Je ne change pas de maison comme mes beaux-fils,. C’est ma maison qui change quand ils ne sont pas là.

Je reviens du travail. Je parcours de mes pas la distance qui sépare l’arrêt d’autobus de la maison. Au loin, un enfant court sur le trottoir. Une bourrasque de vent. Je frissonne et je serre mon manteau près de moi, en accélérant le pas. L’enfant se rapproche. Il porte un manteau bleu avec un capuchon, un manteau qui me semble familier.

C’était comme dans un film. C’était BF aîné qui courait vers moi en riant pour me sauter au cou. Son cadet a suivi peu après.

Tellement raccoleur, mais tellement vrai en même temps.

Ça me rappelle la chanson, non moins raccoleuse et tout aussi vraie:

L’essentiel
Jour à près jour
C’est le rire aux éclats d’un enfant qui accourt
Et qui nous saute au cœur en guise de bonjour
Que demander de plus
Quand ces bras nous entourent

En anglais, on dit “Save this for a rainy day”. I sure will.

Quand les temps seront durs, je me souviendrai de ce moment magique. Comme celui des cerises, l’été dernier.

Je ne parle pas de moi aujourd’hui (pour une fois). À une table de la cafétéria, au travail, on jasait bébé. Puis on a jasé famille. Graduellement, j’ai fini par apprendre qu’une collègue éloignée avait été belle-mère de deux enfants pendant six ans, avant de rencontrer avec son conjoint actuel (et d’essayer d’avoir un bébé, d’où le sujet de conversation principal).

Pendant 6 ans, elle a vécu la grande aventure de la famille recomposée, avant que la relation fasse naufrage… et qu’elle ne revoit plus jamais les enfants. Plus jamais.

C’est long, six ans! C’est le temps qu’il y a entre apprendre à lire et reluquer son premier bouton. Ou entre la fin des jeux de Barbie et le bal des finissants. Ou entre “est-ce que Samuel peut venir jouer? Sivousplaitsivousplaitsivousplait?” et “Come on! Pkoi Léa peut pas coucher ici?” Et de tout ça, pouf! il ne reste plus rien.

***

Je ne sais que dire, sauf que c’est très, très triste.

Ça fait partie des risques du métier de marâtre.

Chuuuut! Faut pas dire le mot! C’est un mot qui soulève les passions chez nous ces temps-ci.

BF cadet est en pleine transition vers son lit de grand garçon chez nous (alors qu’il est dans sa bassinette chez Maman/ex) et le défi, c’est de le garder au lit (en le menançant de le mettre dans son parc de bébé s’il ne reste pas dans son lit).

BF aîné, lui, vit intensément la transition émotive de sa nouvelle maison, de sa nouvelle chambre. Le défi, c’est de le garder au lit, lui aussi.

***

Aux grands maux, les grands moyens. Papa/chum et moi avons élaboré un plan d’action pour appliquer rigoureusement une routine du dodo claire, nette et précise. On dirait une pièce de théâtre.

  • Papa donne le bain;
  • Marâtre va chercher les pyjamas et les doudous dans la chambre à l’étage et prépare le lait;
  • On lit tous les quatre deux histoires sur le canapé. Une, choisie par Cadet (“je veux Olivia!” “Pas encore Olivia!” ) et une, par Aîné.;
  • On se drosse les bancs. Oups! On se brosse les dents;
  • On monte dans la chambre; Papa berce les deux le temps d’une berceuse;
  • Marâtre les met au lit en racontant la journée de demain. Bisous, bisous;
  • Papa chante une dernière berceuse avec les deux et… bonne nuit.

40 minutes top chrono. On ne perd pas de temps.

S’ensuit toute une série de conséquences claires, nettes et précises si l’un ou l’autre se relève.

***

La routine du dodo, tous les spécialistes le disent, c’est très important pour que l’enfant se sente en sécurité. Mais qu’est-ce que c’est difficile à appliquer dans la vraie vie! Parfois, on aurait envie de les bercer jusqu’à ce qu’ils s’endorment, de se dire des je t’aime à n’en plus finir et de faire semblant de leur grignoter les orteils. D’autres fois, des soirs où il y a 2 brassées de lavage à faire, où il faut vider le lave-vaisselle, où on s’était “promis, cette semaine, de défaire au moins une boîte chacun quand les enfants seront couchés”, ou encore des soirs où on veut se coucher tôt tous les deux pour… pour faire quoi donc? ;-)

Ça va finir par marcher. Parce que vous savez quoi? Routine ou non, elles finissent toujours par tomber, nos petites tornades.

Souper de semaine. Au menu, un super pâté chinois santé … avec une tonne de ketchup pour le faire avaler aux enfants.

Pâté chinois santé

Steak: De la viande hachée (bien sûr), mais avec des lentilles cuites dans le bouillon de boeuf, des poivrons et de oignons. Assaisonné de curcuma, de cumin et de “toutes les épices bonnes pour la santé recommandées par le Dr Béliveau”.

Blé d’inde: En crème et en grains. Ici, pas de changement. On se fie au classique.

Patates: Une purée de pommes-de-terre-carottes. Idéalement, patates douces aussi. Avec de la muscade.

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Même avec une tonne de ketchup, est-ce que BF cadet en mange?

BF cadet: Non! Non et non!

Papa/chum: Mange le maïs, t’aimes ça, le maïs!

BF cadet: Non, non et non! Je veux mon dessert! Bow-niz! (Traduction: “brownies”)

Papa/chum: [...]

BF cadet repousse son assiette. “Je veux des bow-niiiiiiz.”

***

[bis]. Encore [bis].

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Papa/chum: Eille, mon petit Louis Laberge, goûte à ce qu’il y a dans ton assiette!

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Il est tellement drôle, mon Chum/papa, je l’aime tellement. “Mon petit Louis Laberge“.

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Fin de la ronde de négociations. La partie syndicale a accepté de manger deux bouchées de pâté chinois et la partie patronale a cédé un morceau de brownies. Avec beaucoup de noix dedans.

Dimanche, jour de transition.

Nouvelle règle: pour la relève de la garde, le parent gardien emmène les enfants chez l’autre parent. Maman/ex est venue mener les enfants chez nous pour la première fois hier.

“Tu vas montrer ta chambre à Maman?”

L’aîné lui a fait visiter notre maison. C’est bien normal. Parce que même si les relations sont tendues, une mère a bien le droit de voir où couchent, mangent et jouent ses enfants. Et quand un enfant commence à s’approprier une nouvelle maison, à la faire sienne, on se verrait bien mal de freiner son enthousiasme.

Mais cette maison, c’est bien plus qu’un toit où couchent les enfants. C’est aussi notre intimité. La couleur de mon tricot, les livres de notre bibliothèque, le pâté chinois dans le four, les chandelles sur le bord du bain, nos brosses à dents, notre panier de linge à plier, les rénos de notre sous-sol. Toutes des choses que je ne tiens pas à partager avec elle.

***

C’était moins pire que j’anticipais. (Parce que oui, j’ai pensé à ça toute la journée…) Elle ne m’a pas adressé la parole et elle a ignoré tout ce que j’ai dit, mais elle a adressé des compliments polis sur la maison à Papa/chum.

Je choisis de donner l’importance que je veux à cet évènement. Je choisis de ne pas le grossir indûment. Mais est-ce que ça me rend inconfortable? Bien sûr. J’ai beau mettre les besoins des enfants (comme le besoin d’être fier de sa chambre) très haut dans mes priorités, pour mon égo et moi, ça reste “l’ex” qui est dans “ma maison”.

(NDLR: Ce billet est écrit par courriel. Sans relecture, ni révision linguistique. Des fois, c’est d’même.)

Madame prend congé
, c’est un centre de femmes qui oeuvre dans un quartier de mon ancien arrondissement. J’avais souri la première fois que j’avais vu le nom de l’organisme dans le journal local. Je sais que ces ressources s’adressent principalement à des femmes aux prises avec des problèmes beaucoup plus graves que les miens, mais je pense que je peux comprendre le sentiment qui anime toutes celles qui ont besoin d’aide, qui mettent une limite (là, C’EST ASSEZ) et qui prennent une pause en dehors du quotidien pour s’aider à s’en sortir.

***

Toujours-est-il que la madame, aujourd’hui (ça c’est moi), elle a pris congé. Elle a pensé à elle avant tout, parce qu’avec tout ce qu’elle vit, la madame, elle dépasse ses limites à tous les jours et elle est en déficit de "penser à elle".

***

Et il faut que j’aie vraiment besoin de repos pour parler comme ça, parce que d’habitude, ça m’agace un peu que les gens parlent d’eux-mêmes à la troisième personne.

***

6h30: Lever

7h15: Classe de yoga. Silence dans ma conscience
9h: Bain flottant chez Ovarium. (Gracieuseté du cadeau de Noël 2008 de Chum/papa)
11h: Balade sur la Plaza St-Hubert. Arrêt chez Effiloché, la boutique de tricot/couture où je caresse le chien et je jase avec une dame agée inconnue.

12h: Dîner dans une pâtisserie. C’est tellement bon, de la soupe, quand il fait beau et froid.
14h: Retour à la maison et sieste.
17h: (oui oui, 17h!) Popote en vue d’un souper d’amoureux. Maison à moi toute seule, parce que Chum/papa est parti dans un 5 à 7. Je chante en préparant le souper. Je peux chanter aussi fort que je veux, ce que je ne pouvais pas faire en appartement. Finalement, c’est peut-être une bonne façon d’apprivoiser cette maison, que d’y installer ma voix pas-mélodieuse dans chaque coin.

19h: Le poulet rôtit au four. Chum/papa m’appelle pour me demander si j’ai besoin de quelque chose au marché. La crème de champignons avec des cèpes que j’ai rapportées d’italie frémit dans une casserole. Je termine mon apéro en bloguant.

19h01: Et la journée n’est pas finie ;-) .

***
Quelle grâce que cette journée! Et comme je me remercie d’avoir pris congé! Comme quoi, parfois, il faut juste faire un petit effort et la vie fait le reste. Parce que si c’est avec exaspération – ma mère dirait "écoeurite aiguë" – que "la madame, elle a pris congé", c’est avec plus de sérénité qu’elle est capable de dire, après coup, qu’il suffit parfois juste de prendre soin de soi. La journée de congé, c’est pour combler le déficit. À présent, il faudrait le faire un peu tous les jours.

***
Pour consoler mes amies, je dis souvent: "La vie, c’est simple; c’est juste pas facile". Prendre soin de soin un peu tous les jours, c’est simple, c’est juste pas facile.

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