“Comment vas-tu?” (2)

“Pis, comment vas-tu?

- Mieux. Pas bien mais quand même mieux.

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Le printemps fait du bien chez nous.

Les enfants font du train dehors. Bébé fille fait de plus longues promenades sur sa maman ou dans sa poussette dehors. Je fais même de petites sorties seules dehors, les soirs où on n’a pas les gars.

C’est quand même long, le rétablissement. Long et inégal. J’ai de bonnes journées et soudain, je m’emballe. Arrive une mauvaise nuit et paf! je suis sur le carreau pour trois jours à regarder dans le vide.

Je disais à la blague cette semaine que j’aimerais faire des économies d’énergie. Pas changer toutes les ampoules pour des fluocompactes… ! J’aimerais être économe de mon énergie comme je suis économe de mes sous. C’est vrai: quand j’ai un peu plus de sous qui arrivent, qu’est-ce que je fais? Je les mets de côté. Et quand j’ai soudainement un peu plus d’énergie et de vitalité, qu’est-ce que je fais? Vite, j’en profite et je dépense: je sors la liste de toutes les choses que j’aimerais faire, la macroliste du type “Things to do before I die” et j’en place quelques-unes dans mon agenda, en plus d’en faire quelques-unes la journée même. (J’exagère à peine). Après, je suis crevée et je me sens nulle.

Vous me voyez venir (ou pas?). Si je suis capable d’écrire le paragraphe précédent, c’est que je sais très bien ce qui me reste à faire. Le problème, c’est que la lourdeur associée à la dépression empêche souvent de faire des changements qui sont nécessaires au rétablissement. En prenant un raccourci (exagéré, je vous le concède), je pourrais dire qu’un des symptômes de la maladie, c’est de “ne pas avoir envie de guérir”. En fait, c’est qu’en procédant aux petits changements nécessaires pour aller mieux, on risque ou on perd quelque chose à chaque fois. Il n’y a pas de situation où on gagne à tout coup. Mais moi, je voudrais le beurre et l’argent du beurre. Et l’amitié inconditionnelle de la fermière. Et des actions dans l’usine de transformation laitière. Vous voyez le genre?

Je n’ai pas assez d’énergie pour prendre les décisions qui s’imposent, ni dans le quotidien, ni pour ma santé. Je suis juste (comment dire autrement?) toute mêlée.

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Je vais mieux, quand même.

Je ne vois plus mes propres funérailles en cinérama dans ma tête. C’est rassurant. Je m’accroche.

Alors dans l’inconfort, je respire. Je respire l’air de dehors. Et ça fait du bien, un peu.

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J’en profite – encore, oui, je sais – pour vous remercier des messages, commentaires, courriels que vous m’envoyez. Parfois, juste de se faire dire “salut, aujourd’hui j’ai pensé à toi”, ça fait une énorme différence sur ma journée. Ça me rappelle le contraire de ce que la dépression, ce petit monstre dans ma tête, veut me faire croire. Vous mots me rappellent que je suis une personne, et pas une maladie.

 

12 réflexions sur ““Comment vas-tu?” (2)

  1. Moi, dans ce que tu racontes, j’entends beaucoup de force et de courage. Une personne, qui vit. A bientôt.

  2. “le beurre et l’argent du beurre. Et l’amitié inconditionnelle de la fermière. Et des actions dans l’usine de transformation laitière.”
    Quelqu’un qui arrive à écrire des choses jolies comme ça, paf, en plein milieu d’un texte plombé de la lourdeur de vivre, pour moi c’est quelqu’un qui est sur le bord de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.
    Et puis justement hier j’ai pensé à toi plus que d’habitude, j’étais au marché Jean Talon pour une visite éclair (et imprévue).
    Des bises, et à ta jolie cocotte aussi !

  3. Bonjour,

    Ce que tu écris est toujours émouvant. Je ne te connais pas, j’habite dans le sud de la France. Et j’avais découvert ton blog il y a quelques mois, lors de mon congé maternité, à la naissance de bébé fille.
    Je me rejouis d’apprendre que le printemps arrive, au Québéc comme dans ton coeur. Sincèrement. Prends le temps, continue de te reposer et continue de profiter des gentils moments.
    Et à la fois, quand je lis ce que tu as écrit aujourd’hui, je prends encore plus conscience d’où tu viens, et de ce que tu dois affronter. Et j’ai confiance pour toi. Je sais en te lisant que tu es pleine d’intelligence de la vie. Alors je sais que tu vas réussir à laisser sur le chemin cette dépression pour n’avoir plus que des jours printaniers.
    Je voulais te dire aussi, que moi, j’avais trouvé très déstabilisant à la naissance de bébé fille d’avoir cassé l’équilibre que j’avais précemment avec mon ainé de 3 ans. Déstabilisant, culpabilisant, angoissant même lorsqu’on se demande comment y remédier, quand arrive la question des sanctions et parfois le désaccord avec le père sur le type de sanction…, et quand à tout ça s’ajoute la fatigue et le manque de patience liée. Ca a duré plusieurs mois. Puis l’équilibre est revenu, les moments de complicité et de tendresse aussi et le doute est reparti.
    Bon courage , Prends soin de toi et des tiens.

  4. Je suis bien contente d’avoir de tes nouvelles. Même si elles ne sont pas super folichones, tu dis quand même que tu vas mieux et puis tu écris donc forcément c’est que tu vas mieux, même un petit peu, même si c’est à cet instant précis et que tu ne sais pas ce que ça va donner demain. En écrivant, tu suscites des réponses, qui te feront du bien, c’est sûr. Tu as donc cherché à te faire du bien, ce qui est très positif, n’est-ce pas ?
    Je suis une “fourmi”, comme toi. Quand j’ai un peu plus de sous je les mets de côté, je ne les dépense pas. Mais est-ce vraiment ce qu’il y a de mieux à faire ? On garde pour accumuler pour faire quelque chose de mieux plus tard. Avec le risque que ce “plus tard” n’arrive jamais, ou trop tard, ou qu’entre temps il y ait eu une crise financière mondiale qui fasse que nos sous ne vaillent plus un rond. L’énergie est difficilement stockable. Alors quoi de mieux que de la dépenser dès que tu en as, puisque c’est maintenant que tu en as le plus besoin ? Quand tu iras beaucoup mieux, et ça arrivera, même si vu de là où tu es ça te semble peut-être peu probable, tu pourras en produire autant que tu voudras de l’énergie. Maintenant, dépense celle qui vient pour te faire de petits plaisirs, sans réfléchir, au moment où tu en auras la force.
    Tu verras, ça passe. Je ne dis pas toujours ni pour tout le monde. Mais tu nous as montré que tu as les ressources nécessaires pour que ça finisse par passer. Et quand tu en seras sortie, sans forcément que tu aies compris ni comment, ni pourquoi, cela te semblera incroyable, mais vrai !
    Je t’embrasse bien fort.
    Viv

  5. ton écheveau va se démêler peu à peu, malgré ce sentiment d’engluement que procue la dépression. Je suis sur la Côte d’Azur en vacances avec ma brochette de filles et je t’envoie plein d’énergie solaire pour recharger tes batteries à bloc !
    je pense souvent à toi, en fait quand il fait beau le matin je me dis que tu vas aller mieux, ( je sais c’est totalement absurde car je doute que la météo soit la même des 2 côtés de l’Atlantique…).
    bisous ensoleillés !

  6. Et bien oui en cette belle journée de printemps (de la ville de Québec) je pense à toi et te dis bonjour…moi ausdi je prends l’air avec mon petit loup de 5 mois. Dehors respire profondément et écoute les oiseaux qui sont revenus.
    Un minuscule petit pas à la fois, tu y arriveras.

  7. Bonjour, je suis une nouvelle lectrice ici. Ce que je lis de toi est très positif, même si ces temps-ci, ça ne va pas, je trouve que tu t’en sors très bien au fil des jours. Chaque petite étape en est une de franchie. Je pense à toi et à votre famille et je me dis qu’ils sont chanceux de t’avoir tu m’as l’air d’une personne dévouée, attentionée et généreuse. Alors pour revenir à toi toi-même, prends le temps qu’il faut pour te remonter le moral même si tu penses que tu y mets beaucoup de temps.

    Bises.xx Estelle

  8. Et le bébé? C’est dur pour le bébé aussi, la dépression maternelle. Je sais que vous le savez et je sais que vous savez aussi que je ne dis pas ça pour vous culpabiliser. Je suis certaine que vous avez prévu quelqu’un ou quelque chose pour que le bébé aille bien. Et en fait, je suis pas mal certaine que vous allez répondre que le bébé va bien, parce que vous avez prévu quelque chose justement. Ce serait utile de savoir quoi, pour toutes les autres nouvelles mamans qui ne vont pas bien.

  9. C’est vrai que ça fait tellement de bien de sortir dehors! Lorsque j’ai eu mes moments difficiles à l’automne j’étais triste de ne pas pouvoir évacué à l’extérieur car il faisait froid et je suis assez frileuse.

    Le printemps permet de sorties dans le confort pour la maman et le bébé :-) Profite bien des belles journées et prends bien soin de toi. xxx

  10. Bonjour,

    Je ne connais pas la dépression, je me sentirais gérante d’estrade à te donner des conseils.

    Cependant, sache que tu as mon appui sympathique. Grosse accolade virtuelle en silence.

    Et je revendique pour nous, mamans et belle-mamans, le droit d’être “vaches”, dans le sens de paresseuses, parce que c’est facile de dépasser nos limites, de se perdre dans les 1 000 000 000 000 000 tâches à faire et virer maboules.

    Ok, on a le poil sur les jambes, ok, il faut se frayer un chemin entre la vaisselle lancée par terre, les figurines et les blocs, ok, on a manqué le débat des chefs parce qu’on s’est écroulées de fatigue sur notre lit, so what? :)

    Bon printemps à toutes, faites respirer ces petits orteils qui ont passé l’hiver dans le noir!

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